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Mardi 07 Mars 2006

Rapport national sur la Politique de la Population au titre de l'année 2001
Le Maroc des pauvres

Le taux de pauvreté au Maroc est passé de 13,1% en 1990 à 19% en 1999, ce qui fait qu’un Marocain sur cinq vit dans la pauvreté.

Mounir EL BAGGARI

 

• Quel avenir les attend?

 

La pauvreté durable”. On saura gré à l’alternance d’avoir inventé le concept. Les socialistes rempilent mais les Marocains, eux, sont encore plus pauvres. L’information n’est pas le commentaire d’un gauchiste sur le retour mais provient bien d’une source officielle. Le Maroc est toujours à la 123ème place au classement du rapport mondial sur le Développement Humain du PNUD pour l’année 2002.
Et les chiffres du dernier rapport national sur la Politique de la Population au titre de l'année 2001 du Centre d'études et de recherches démographiques (Cerd) relevant du ministère de la Prévision économique et du Plan ne font qu’enfoncer le clou. Si la population marocaine est passée de 28,7 millions en 2000 à 29,17 millions d’habitants en 2001, le nombre des pauvres dépasse pour sa part les 5,3 millions de personnes, contre seulement 4,6 millions en 1985.
Le taux de pauvreté au Maroc est passé de 13,1% en 1990 à 19% en 1999, ce qui fait qu’un Marocain sur cinq vit dans la pauvreté.

Douars

Les pauvres se recrutent surtout dans les douars . La pauvreté persiste dans le monde rural à cause du grand fossé qui le sépare encore des villes en termes de développement. Ainsi, la population rurale, qui constitue 46,60% de la population totale, représente 65,80% du total des pauvres. Alors que dans les villes, le taux de pauvreté est de 12% , en campagne, 27,2% de la population sont terrassés par la pauvreté, soit 3 personnes sur 10.
Le rapport du ministère de la Prévision économique et du Plan souligne que les catégories sociales les plus exposées au fléau de la pauvreté sont notamment les familles prises en charge par des femmes et composées d'un nombre élevé d'enfants, habitant dans des bidonvilles et des familles ne bénéficiant pas d'un revenu stable.
Par régions, le rapport rappelle ce que l’on savait déjà, a savoir l’existence d’un Maroc à deux vitesses. On est ainsi plus pauvre à Fès-Boulemane, Taza-Al Hoceima-Taounat (24,1%), Meknès-Tafilalt (22,8 %), alors qu’à Casablanca les citadins n’en souffrent que dans les proportions respectives de 4,2% et 5,4%.
Concernant les catégories sociales les plus exposées à la pauvreté, le rapport nous apprend qu'il s'agit notamment des familles prises en charge par des femmes et composées d'un nombre élevé d'enfants, habitant dans des bidonvilles .
Pour cerner le phénomène de la pauvreté, le Maroc utilise le concept de pauvreté monétaire absolue et celui de pauvreté alimentaire, c’est-à-dire les dépenses qui permettent de couvrir l’achat des produits et services qui assurent le minimum des protéines et des calories dont le corps humain a besoin et tels que les définissent l’OMS et la FAO.
Selon les rédacteurs du rapport à l’intitulé pompeux «La lutte contre la pauvreté...bilan et perspective» pour éradiquer la pauvreté , il faut seulement «élaborer des politiques locales en matière d'emploi de la main d’œuvre pauvre, contribuant au développement de l'agriculture de subsistance dans le monde rural et des activités génératrices de profit dans le milieu urbain».
En octobre 2000, Abdelhamid Aouad, ministre de la prévision économique, a indiqué que 72,2% des pauvres se trouvaient dans le monde rural au moment de la réalisation de l'enquête nationale sur le niveau de vie des ménages en 1998- 99.
Aouad avait pourtant fait remarquer que pour redresser cette situation, l'Etat marocain devrait prendre en compte la répartition spatiale des fruits de la croissance économique dans ses programmes de développement, dans le souci de réduire les disparités entre les couches sociales. Ajoutant que le plan 2000-2004, a réservé 100 millions de dollars à la lutte contre la pauvreté au Maroc.
D’une manière générale, l’étude des tendances des inégalités à l’intérieur du pays souffre d’un manque de données fiables et comparables.
L’ accroissement des inégalités entrave la réduction de la pauvreté.
Compte tenu des disparités actuelles, le Maroc n ’a pas enregistré la croissance suffisante pour atteindre les objectifs pieux de lutte contre la pauvreté.
Les maigres efforts n’ont pas été concentrés sur les moyens de mettre davantage une croissance, même minime, au service des pauvres .

Revenu

L’indicateur du développement humain (IDH) appliqué aux différentes régions du pays peut fournir des informations synthétiques sur différentes formes d’inégalités à l ’intérieur du Maroc.
Il permettrait aux responsables politiques de mieux évaluer les écarts de développement humain entre les régions,villes et campagnes, et catégories de revenu. Afin d ’appréhender la pauvreté au-delà de la simple composante du revenu, en reprenant les dimensions déjà considérées par l’IDH: santé, instruction et niveau de vie décent.
D’autant plus qu’au Maroc, les données chiffrées semblent tellement peu fiables qu’elles sont très peu réactualisées.
A titre d’exemple, on considère aujourd’hui que des appareils électro ménagers qui étaient assimilés autrefois à des objets de luxe, deviennent essentiels à mesure que leur usage se généralise. C’est pour cela que dans un pays où l’essentiel de la progression du revenu national a bénéficié aux très riches, on peut encore s’interroger sur la légitimité d’un gouvernement à coloration socialiste.

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